Et quel suivi pour les conjoint(e)s des agresseurs?

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Et quel suivi pour les conjoint(e)s des agresseurs?

Message par Pousse Verte le Dim 11 Fév - 9:36

Je pense très souvent aux conjointes des agresseurs, qui découvrent un jour que leur conjoint est un agresseur, ou aux Conjoints d'agresseuses.
Une de mes meilleures amies est tombée des nues, quand les policiers ont débarqué un soir pour venir chercher son mari et l'incarcérer, suite à un témoignage d'un petit voisin sur ce qui s'était passé dans l'après midi dans leur maison, avec aussi ses propres enfants. Il a reconnu faire ça régulièrement à ses enfants dans la salle de bain, les enfants ont expliqué "c'était des jeux"...
Mon amie n'a jamais voulu en parler, je l'ai appris par mon frère à qui un ami un peu bourré a fini par lui lâcher la vérité et j'ai alors retrouvé l'affaire dans les journaux.
Quel traumatisme pour sa femme et ses enfants! Quel traumatisme pour le conjoint et les enfants! Pour eux aussi, ça devient la loi du silence!, la honte, ils se taisent... obligés de déménager.... Comment vivre avec ça? Avoir partagé le lit avec son conjoint en ignorant tout de ses actes criminels! Quelle tromperie dans la relation conjugale..
Une autre personne aussi m'a témoignée de son conjoint condamné à payer une amende pour attouchements sur sa fille. La honte dans laquelle elle est enfermée, d'avoir été convoquée au commissariat pour interrogatoire sur son mari... Elle ne peut se séparer de lui financièrement, et vit dans la peur qu'il fasse ça à ses propres filles...
Quelle aide pour ces conjoint(e)s traumatisé(e)s qui apprennent soudainement que leur conjoint(e) est un agresseur, un criminel? Doivent-ils vivre dans le jugement des autres, et la honte...? Quelle prise en charge est mise en place pour eux, pour qu'ils ne se sentent pas complices, de n'avoir rien vu, coupables également, puisqu'ils ne peuvent dire avoir été victimes des faits? Ils sont victimes d'un abus de confiance... que je pense proche d'être aussi traumatisant que d'avoir subi eux-mêmes...

Pousse Verte

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Re: Et quel suivi pour les conjoint(e)s des agresseurs?

Message par mamidou93 le Sam 10 Mar - 2:53

Enfin... Merci de penser aux conjointes de ces agresseurs sexuels !! Perso, ça va bientôt faire 20 ans que j'ai découvert ce crime, et c'est violent, surtout quand ça commence avec une perquisition à 6 heures du matin, les enfants à la maison, et que personne ne répond aux questions que je me pose... Que dire sinon que je n'ai pas oublié une seconde de cette journée là et que les souvenirs me font encore pleurer. Comment réagir face à votre enfant de 6 ans et demi qui vous raconte avec un détachement terrible tout ce qu'elle a subi ? Que dire lorsque vous mettez la famille au courant, et la belle famille, qu'on ne vous croit pas et même qu'on vous insulte ? Que dire enfin de l'aide psy qui ne sait que faire et envoie votre enfant dans une maison pour enfants en difficulté psychique ou physique ?

Maintenant mon enfant a 25 ans et ne me parle que si c'est nécessaire, et pourtant je l'ai toujours soutenue et aimée. J'ai porté plainte contre son beau-père, je l'ai emmené voir des psys, je l'ai aimée, je l'aime toujours d'ailleurs, mais elle ne comprend pas que j'en sois tombée malade, elle ne comprends pas à quel point ça m'a fait souffrir, d'ailleurs très peu de personnes comprennent tout ça... Oui, je me suis sentie manipulée, oui je me suis sentie trahie, oui je me sent coupable, oui j'ai eu le coeur éclaté. En plus de tout ça, j'ai une haine, une rage qui reste, qui détruit toutes les relations autour de moi, je suis devenue violente, dépressive (2 TS ratée... dommage...) je me suis fait du mal, j'ai fait du mal aux autres... Aujourd'hui, après plusieurs séjours en clinique psy, rien n'est effacé et j'ai toujours aussi mal. Oui, les conjointes et les mamans des agressées doivent ressentir toute cette douleur, sinon elles sont complices, en tout cas c'est comme ça que je le ressens.

Aujourd'hui je suis en invalidité pour dépression chronique, j'ai 51 ans et l'impression que ma vie a été foutue en l'air et que je ne réussirais jamais à vivre normalement. Ma fille ne veut pas d'enfants, elle a un caractère très spécial et est très facilement agressive avec les autres. Elle s'est marié l'année dernière mais préfère aller voir son cheval  plus que son mari. Elle est très égoïste, ce qui me fait beaucoup de peine car c'est le contraire de ce que j'ai appris à mes enfants.

Et un sujet que personne n'a encore abordé, j'ai eu une fille avec ce monstre, et je ne saurais jamais si il lui a fait quelque chose parce qu'elle était trop petite quand ils est parti en prison. Je l'ai élevé seule, sans homme à la maison, et elle a grandi sans père, alors que son frère et sa soeur allaient tous les weekend chez leur père. Petite elle ne comprenait pas pourquoi elle devait rester seule avec moi, pourtant je lui ai expliqué, toute bébé, que son père avait fait des grosses bêtises et qu'il était en prison. En fait elle est passée par plein d'étapes, difficiles et éprouvantes, autant pour sa soeur que pour moi. J'ai été convoquée plein de fois par ses maîtresses et maîtres, à qui elle parlait naturellement de la situation, parce que je n'ai pas voulu lui interdire d'en parler, mais à qui j'ai dû expliquer, au fur et au mesure qu'elle grandissait, ce que son "papa" avait fait et lui conseiller de ne pas en parler, parce que les gens pensent toujours à mal, et la jugerait mal. Son enfance et sa vie ont donc été gâchées par ce qu'a fait son père, surtout qu'elle est très sensible et ressent toujours les choses en XXL.

Maintenant je vais parler de mon fils, qui a 2 ans de plus que sa soeur victime. Lui aussi a beaucoup souffert, prenant de fait la place de l'homme de la maison, même si je ne lui demandais pas, il s'est senti obligé de le faire. Adulte, il a dû faire une psychothérapie pour comprendre pourquoi il allait mal. Je n'ai pas été à la hauteur, je n'ai pas su protéger mes autres enfants par rapport à ce drame. Il a dû subir mes crises de nerfs, , ma dépression, et la violence entre sa soeur et moi. Combien de fois a-t'il dû nous séparer ou appeler la voisine pour nous calmer, ou ouvrir la porte aux gendarmes appelés par des voisins affolés ? D'ailleurs mes enfants ont tous subi des crises entre ma fille et moi, parce quelle m'en voulait de l'avoir abandonné dans cette maison d'enfants pendant 2 ans... P....n de psy !!
Il a aussi souffert de culpabilité, pourquoi pas moi ??? Parce qu'il faut préciser que ce monstre avait déjà sévi lors d'un précédent mariage, ses enfants n'avaient parlé à personne de ce qu'ils avaient subi. Finalement c'est sa fille déjà grande qui s'est aperçu de quelque chose de bizarre entre son père et ma fille, et qui a ouvert la boîte de pandore. Je ne la remercierais jamais assez, car elle a délivré ma fille et protégé sa petite soeur, encore bébé, de subir la même chose. Elle a aussi libéré la parole de son grand-frère, qui pensait avoir été le seul à subir , et qui a culpabilisé de ne pas en avoir parlé, car cela aurait protégé tous les autres. Le pauvre, il avait 10-11 ans, comment lui en vouloir ? Sa soeur avait  8 ans environ, et pour ma fille, ça a commencé quand elle avait 5 ans et que j'étais à la maternité avec sa soeur qui avait des problèmes de santé à la naissance. A quel âge se serait-il arrêté ? Je n'ose même pas y penser.

Tout cela pour dire que quand un drame pareil arrive, c'est toute une famille qui paye, et même la famille élargie, et que ça ne s'arrête pas à la plainte, ni même au procès, ni après, quand on sait qu'il est enfermé. Lui en a profité pour passer un diplôme d'ingénieur en électricité et maintenant il a un super travail et ne se prive de rien. Moi je galère toujours avec ma petite invalidité de 650 € et j'ai mis des années avant de laisser renter un homme dans ma vie. Heureusement, cette fois ci je suis tombé sur un amour, un homme qui sait ce que c'est que souffrir et qui me soutient quand j'ai besoin. Et maintenant j'ai une petite fille de bientôt 5 ans que j'adore. Merci mon fils de m'avoir fait grand-mère, c'est ce qui me fait tenir un peu plus.

J'ai toujours des idées suicidaires, j'ai développé une sorte d'agoraphobie qui fait que je sors très peu de chez moi, mais cahin-caha je vis.. Mais je n'oublie pas, je ne pourrais jamais oublier.

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Re: Et quel suivi pour les conjoint(e)s des agresseurs?

Message par Sylvie L le Sam 10 Mar - 17:29

Merci pour votre témoignage, et pour le courage qu'il a dû vous coûter, bravo.
L'inceste détruit tout sur son passage.
Je ne pensais pas aux compagnes de ces détraqués, je suis bien trop investie dans la souffrance de mon mari "survivant". J'en veux tellement à sa mère de n'avoir rien vu et d'ignorer à présent (maintenant qu'elle sait) le mal être de son fils. Elle devrait (comme vous avez tenté de le faire avec votre fille) être à ses côtés pour l'aider à se construire une vie "normale". Elle ne ressent que jalousie à mon égard et est insensible à la souffrance de son fils.
Je pense que votre fille à un réel et fort attachement à son cheval. Elle se préserve des humains et de leur perversité. Ce n'est pas de l’égoïsme. C'est son mode de survie et c'est positif. Elle aime et se sait aimé, c'est le plus important. Elle a des sentiments et pardon de vous contredire mais son cheval en est digne. Son attachement et l'affection qu'elle partage avec lui, lui permettra peut être un jour d'accepter de refaire confiance aux hommes.
Courage.
Bien à vous
Sylvie

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