Proches de victimes : comment gérez-vous ?

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Proches de victimes : comment gérez-vous ?

Message par Séverine M le Jeu 8 Fév - 11:26

Bonjour !
Je sais que beaucoup de proches de victimes souffrent parfois intensément, d'autres se lassent et tournent le dos, d'autres encore préfèrent le déni.
Mais beaucoup sont de véritables soutiens qui permettent la reconstruction.
Quoiqu'il en soit, toujours beaucoup de souffrances.

Quelle est votre vécu de proche ? De quoi auriez-vous besoin ?
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Avoir un enfant ?

Message par Séverine M le Jeu 8 Fév - 11:33

À cause de clichés qui affirment qu' un enfant maltraité devient forcément parent maltraitant, beaucoup de victimes ont peur de devenir parent.
Et vous ?
Avez-vous (eu) peur ?
Êtes-vous devenu parent ?
Est-ce que c'est difficile pour vous (quand, pourquoi )?
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Re: Proches de victimes : comment gérez-vous ?

Message par Loïc le Jeu 8 Fév - 23:52

Je n'ai pas eu de problèmes comme des viols mais j'ai vécu des violences parentales (père) durant toute mon enfance. Suivit par diverses addictions qui hantent mes journées. Ma réponse serait que oui j'ai peur mais je pense que ça peut changer. Cependant, j'aimerai résoudre une bonne partie de mes problèmes avant d'avoir des enfants pour ne pas avoir à leur faire porter une partie de mes problèmes comme ont pu si bien le faire mes parents. J'ai encore beaucoup de temps pour réfléchir n'ayant que 17 ans. Sinon je tiens à faire une aparté, je vous remercie vraiment pour votre dévouement aux causes que vous défendez. De vos actions qui permettent aux victimes de changer les choses, et de permettre aux malheureux de trouver un endroit où extérioriser leurs mal être sans être juger. Vraiment merci.

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Re: Proches de victimes : comment gérez-vous ?

Message par Sylvie L le Sam 10 Fév - 17:02

Je partage depuis 21 ans la vie d'un homme abusé dans sa toute petite enfance, par son beau père. Il venait de perdre son père dans un accident de voiture quand cet homme est entré dans sa vie. Il avait 3 ans. Sa mère a divorcé de cet odieux personnage une 10aine d'année plus tard, mon mari ne divorcera jamais du mal qu'il à subit, il à prit perpette.
Il n'arrive à parlé de ça que depuis 4 ans. Ces premiers mots pour en parlé ont été "Je crois, je pense que j'ai été abusé ... je n'ai que des flashs... je ne suis pas sur si c'est vrai ou si je me fais des films"
Notre couple était bancal depuis le tout début. Mais je sortais d'un divorce. Je me contentais du peu qu'il me donnait. Il à toujours manqué de compassion, de tendresse pour moi ... J'ai donc appris à garder mes distances sans jamais rien comprendre. Vie sexuelle ?  Vide abyssal.
Il a tellement menti, et continue à le faire... pour tout et rien. Juste un réflexe, une habitude,celle de faire semblant.
Lorsque j'ai découvert son addiction à la pornographie et à la masturbation. Je ne savais pas ... Je ne comprenais pas... Pire je culpabilisais.
Lorsqu'il s'est confié tout est devenu clair. J'ai décidé que j'allais être forte, qu'il fallait que je le sois pour lui. Je lui ai conseillé de consulté un psy. Ce qu'il à fait en dilettante. Il en a vu plusieurs. Aucun progrès.
L'été dernier, après une énième discussion à ce sujet, il m'a annoncé qu'il abandonnait, ne se sentant plus la force, ni le courage. Me demandant de me résigner et d'essayer de trouver mon bonheur avec quelqu'un d'autre.
Je suis encore là, certainement grâce à votre pétition, aux témoignages et à votre réponse à mon témoignage. Je tente encore de le motiver. Je pense toujours qu'il mérite de vivre, de connaitre des émotions. En se renfermant sur lui même, comme il l'a toujours fait, il ne fait que survivre, sans passion, sans intérêt, sans attachement. Il s’empêche de profiter du moindre plaisir, surtout s'il peut être partagé. Il est mort à l'intérieur, mais l'extérieur fait illusion.
Fin 2017, après réflexion, il a voulu s'engager dans une thérapie en couple. Nous n'avons trouvé que la thérapie systémique (déjà 3 séances). Aucun psychiatre ne nous acceptait ensemble.Je me rends compte que cette thérapie n'est pas adaptée à notre problème. Mais je me sens moins seule.
Mon mari à subit l'inceste, c'est la cause de son mal-être, à ses côtés, je subis au quotidien. Il nous faudrait un médecin spécialisé dans ce domaine. Nous avons besoin d'une aide ciblée.
Grâce à votre livre et à celui d' Aurore Sabouraud "Survivre après un traumatisme",nous arrivons à avoir des discussions constructives.Il a découvert aujourd'hui qu'il souffre d'angoisse au couché. Il n'a jamais fait le lien de ses symptômes (tachycardie) avec le stress post traumatique.
On avance doucement. Je le tiens à bout de bras depuis des années, je glisse avec lui et la force commence à me manquer.
J'aurai besoin de pouvoir communiquer avec des personnes qui vivent le même parcours chaotique que nous. Mon mari n'est certainement pas un cas exceptionnel. Un groupe de parole pourrait lui faire du bien, ça doit bien exister. Dans notre région nous ne trouvons rien.
Je compte beaucoup sur ce forum. Je souhaite pouvoir lire des témoignages d'hommes qui se sont reconstruits. Apprendre, comprendre, et continuer à progresser pour guider mon mari vers du positif.
Lui prouver que la vie vaut la peine.
J'ai appris la patience à ses côtés (pas d'autre choix) mais je pense toujours qu'il ne faut pas perdre une minute, que chaque seconde est trop précieuse...
Bien à vous,
Sylvie

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Le temps devant

Message par Séverine M le Sam 10 Fév - 17:34

Loïc a écrit:Je n'ai pas eu de problèmes comme des viols mais j'ai vécu des violences parentales (père) durant toute mon enfance. Suivit par diverses addictions qui hantent mes journées. Ma réponse serait que oui j'ai peur mais je pense que ça peut changer. Cependant, j'aimerai résoudre une bonne partie de mes problèmes avant d'avoir des enfants pour ne pas avoir à leur faire porter une partie de mes problèmes comme ont pu si bien le faire mes parents. J'ai encore beaucoup de temps pour réfléchir n'ayant que 17 ans. Sinon  je tiens à faire une aparté, je vous remercie vraiment pour votre dévouement aux causes que vous défendez. De vos actions qui permettent aux victimes de changer les choses, et de permettre aux malheureux de trouver un endroit où extérioriser leurs mal être sans être juger. Vraiment merci.

Loïc, j'aimerais vous dire que vous avez une force qui est la conscience de votre vécu et des possibles conséquences sur votre vie à venir.
J'imagine que vous êtes suivi par au moins un(e) psychologue ou un()e psychiatre qui peut vous aider à analyser votre questionnement et à trouver vos réponses. Car elles sont en vous ces réponses.
Chacun porte sa propre expérience, sa propre douleur, même si parfois "on" se ressemble.
Le fait d'en parler, de lire des choses sur le sujet peut vous aider à avancer.
Et le temps et les belles rencontres feront le reste.
Sinon : pas de merci voyons ! C'est un lieu d'échanges, et donc au final c'est utile à chacun.
Prenez bien soin de vous !
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Re: Proches de victimes : comment gérez-vous ?

Message par Séverine M le Sam 10 Fév - 18:05

Bonjour Sylvie !

Heureuse, si je puis dire, de vous retrouver ici !
Je pense que mon mari pourrait éventuellement vous donner son ressenti, je vais lui en parler. Mais je vous jure que les choses sont difficiles. Comme vous le faites avec votre époux, c'est lui qui me garde debout.
Le syndrome de stress post traumatique est la pire chose que je connaisse après la cause qui l'a provoqué chez moi... C'est insidieux, parce qu'on ne fait pas toujours le lien.
Parfois, comme ça m'est arrivé justement lorsque j'ai écrit mon premier livre, on se croit enfin libéré, "Désenchaîné" (comme c'est tatoué sur mon épaule).
Et puis un jour, sans prévenir, on replonge, encore plus profond que là d'où on était remonté.
Je ne sais pas si un jour j'en serai vraiment sortie. Je fais tout pour.
Malgré tout, sans mon mari, je n'arriverais à rien, parce que je vis tétanisée, littéralement. J'ai peur, tout le temps, une sensation qu'un danger mortel peut frapper mes enfants, mon mari, ou moi, à n'importe quel instant. Je subis de véritables crises de paniques... Je prends quantité de médicaments pour être moins anxieuse, pour dormir aussi. Parce que je ne dormais plus du tout. J'ai peur de dormir. Sans médicaments, je ne sais pas m'endormir.
Je suis incapable de sortir seule... Le plus loin que je puisse faire seule, c'est aller au bout de la rue chercher ma fille à l'école, et je vous jure que c'est une épreuve que de faire face aux autres parents.
Mettez-moi dans un magasin et vous pouvez être certaine qu'au bout de quelques minutes je suis incapable de penser, je ne tiens plus debout, et j'ai envie de hurler.
Je vais à l'Assemblée dans quelques jours, mon mari sera là, ainsi que mon meilleur ami, sinon je serais incapable de le faire. Et je suis morte de trouille. Mais j'ai besoin de le faire, aller au bout. Pas pour moi, mais pour tous ceux à qui ça arrive en ce moment, ces enfants qui pourraient en mourir. Parfois, je me sens coupable d'être en vie. Je ne sais pas comment j'ai survécu en fait. Je suis cassée de partout au propre comme au figuré.
Mais j'ai eu la chance de rencontrer mon mari, et je vous jure que ça a tout changé.
Sans lui je serais morte, ou je serais encore l'otage de ma génitrice et de ses rejetons. Victime de chantage affectif et de culpabilisation...
C'est mon mari qui m'a apporté de l'amour, et du soutien. C'est une force incroyable. C'est long. J'ai 46 ans, je suis "invalide", je me sens comme un poids.
Mais ma réussite finalement, c'est de regarder mes deux grands fils devenir des hommes extraordinaires qui savent me dire "je t'aime Maman", et ma fille, sept ans, qui dit "tu es la meilleure Maman du monde et je veux devenir comme toi". Je n'ai jamais voulu devenir comme celle que j'ai appelé "maman" jusqu'en septembre dernier...
Je passe des caps. Ma fille qui grandit c'est à la fois un cadeau du ciel et une malédiction : je me vois. C'est ce qui provoque des crises de dissociations. Des flash-back. C'est insupportable. Pourtant ma fille a besoin que je la laisse grandir comme n'importe quelle petite fille. Alors je prends sur moi, je me cache pour pleurer de rage.
Et mon mari me ramasse à la petite cuillère. C'est parfois (souvent) très dur pour lui. Il a eu le déplaisir d'assister aux manipulations de ma mère, il sait que je ne suis pas folle, même s'il n'avait pas besoin de ça. Mais ça me rassure qu'il ait vu de quoi cette "femme" est capable. Et j'avoue que sans mon mari, sans mes enfants, je n'aurais rien à perdre et je la tuerais de douleur, de désespoir, tellement elle a ajouté d'odieux à l'enfer qu'elle m'a laissé subir.
C'est tous les jours une nouvelle crainte de craquer. Mais c'est moins pire depuis que j'ai pris conscience que cette femme me tirait vers le fond.
Alors vous êtes la force de votre époux, je ne sais pas quel est votre entourage, mais c'est important d'expliquer sans honte les choses comme elles sont. parce que ça permet aussi d'être mieux compris, et en fait, depuis que je le fais j'ai un mari, des amis et je me sens légitime d'être la mère de mes enfants. Je n'ai plus de rôle à jouer.
Vous êtes très forte Sylvie, il faut l'être pour vivre ce que vous vivez, et il faut beaucoup d'amour aussi.
Je ne sais pas comment je peux vous aider, ni même si je le peux.
Je vais suggérer à mon mari de s'exprimer aussi, parce que ça ne peut vraiment pas lui faire de mal.
Pour les groupes de parole, peut-être pourriez-vous vous rapprocher de AIVI qui organise justement des groupes de parole sur différents thèmes.
Et puis on ne sait jamais, ce forum, si les gens s'y expriment, pourra peut-être vous permettre des rencontres constructives... Je le souhaite.
Je vous souhaite, encore une fois, force et courage, à partager avec votre époux.
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Re: Proches de victimes : comment gérez-vous ?

Message par Paillou le Dim 11 Fév - 0:47

Vous avez de la chance et probablement une certaine forme de force ou de courage d'avoir pu vous mettre en couple. Pour ma part, je suis incapable de faire confiance, rares sont les personnes qui ont le droit d'entrer dans ma maison. Je n'ai jamais osé aimer un garçon ou un homme de toute ma vie. Il y en a un qui m'a courtisée quand j'avais 10 ans mais j'avais maintenu une certaine distance parce que ca me faisait bizarre l'attention qu'il me potait (alors que je pense que c'était un gentil garçon). Et au lycée un garçon a un peu essayé mais j'étais convaincue que c'était pour se moquer de moi et je n'ai rien laissé arriver. Aujourd'hui je suis encore vierge ... si je puis dire car mon corps ne l'est pas parce qu'il a été souillé ... même d'un simple baiser et les allusions et blagues sexuelles me mettent toujours mal à l'aise, même les baisers de cinéma dans les films. Je suis seule, toujours seule tellement seule.

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Re: Proches de victimes : comment gérez-vous ?

Message par Sylvie L le Lun 12 Fév - 11:32

Séverine,
Merci pour votre réponse,
Vous me semblez si forte et lucide par vos propos (dans vos livres, sur la pétition, et sur le blog à présent)
Je suis admirative de votre courage mais je me rends bien compte que le fardeau de vos peurs et de vos souffrances vécues est à la fois une charge et un carburant pour aller au combat.
Vous parlerez, le 16 (c'est dans 4 jours) aux noms de tant de personnes qui en seraient incapables et qui pourtant le souhaiteraient.
Je voudrai vous rassurer, vous dire que ça va aller...Soyez vous même, vous serez à votre place. Votre présence est justifiée, vous avez des choses concrètes à dires contre l'injustice que subissent tant d'enfants et d'adultes survivants. Tant de vies sont anéanties à cause de ce fléau. Votre rôle est de témoigner et vous allez le faire avec la force et le courage qui vous caractérisent. Merci à votre mari et votre ami pour le soutien.
Merci d'avoir partagé avec moi... et nous tous.
Bien à vous,
Sylvie

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Re: Proches de victimes : comment gérez-vous ?

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